L'origine d'une disparition


C’est ce matin-là que j’appris la disparition de l’actrice Katerina Golubeva.

L’ange des profondeurs et des altitudes avait déployé ses ailes trop sombres et trop puissantes pour rester attaché à un mois d’août vide, humide et poisseux. Un évanouissement bien trop pur pour troubler une parenthèse estivale plongée dans une torpeur médiatique juste excitée par quelques faits divers anodins.

Par-delà les brumes de chaleur, l’oiseau des steppes venait de s’envoler en silence, avec sa silhouette toute droite sortie d’un tableau de Fernand Khnopff ou de Léon Spilliaert. Exécutant un dernier mouvement brutal, en écho définitif à une existence hantée par des pulsions destructrices et par un érotisme tourmenté.

Son visage fantôme resterait, à tout jamais, l’indistinct reflet d’un lointain rite chamanique qui avait fait naître sa trajectoire artistique, foudroyante, totale et méconnue du grand public. Claire Denis s’était provisoirement emparée de cette figure sauvage, au cœur des années 90, pour le tournage de son film, J‘ai pas sommeil.

Maintenant son absence définitive dessinait un ciel juste après l’orage